Luca Romero Passerin d’Entrèves, Philosophie
C’est l’exposition événement en cette rentrée à Lyon : Mucha à l’Hôtel-Dieu. L’occasion pour revenir sur le parcours du graphiste dont les affiches ont ancré dans nos imaginaires le style « Art nouveau ».
Mais la déception est grande.
Un manque de fond
Car c’est bien la manière dont les œuvres d’Alphonse Mucha ont été exposées qui pose un pro-blème, aussi bien pour l’amateur qui chercherait à connaître l’artiste que pour le connaisseur qui, pour le plaisir de voir des œuvres rarement exposées, a fait spécialement le déplacement. Soyons clairs, vous n’apprendrez rien ou en tout cas très peu. En effet que ce soit les panneaux visant à éclairer les étapes dans l’art de Mucha, l’audio-guide, la vidéo introduc-tive, tout est répétitif : les mêmes mots et les mêmes formulations (« branding », « modernité », « femme réelle », « laboratoire visuel ») reviennent en boucle, de sorte que l’on se demande parfois – à tort on es-père! – si cela n’a pas été écrit par ChatGPT. L’« audio-guide » se contente de décrire les œuvres devant lesquelles vous vous trouverez quand vous l’activerez.
En somme quand vous sortirez, vous n’aurez pas forcément retenu grand-chose si ce n’est ce qui aura été répété à l’envi d’un panneau à l’autre.
On déplore donc un manque de travail sur le fond. En effet rien n’est problématisé, conceptualisé, analysé. Si par malheur, vous aviez quelques connaissances en art graphique, vous n’en sauriez guère plus après cette exposition. Les renseignements sur la technique litographique sont rares, le questionnement sur le statut même de ce qui nous fait face (ces affiches à destinée publicitaire sont-elles de l’art ?) est nul, la façon dont Mucha travaillait en général est sporadiquement évoquée, aucun questionnement non plus sur le regard de Mucha porté sur les femmes – on ne sait qu’une chose : il a « révolutionné », terme phare de l’exposition, leur représentation… -, aucune mise en perspective avec des artistes actuels, ce qui aurait permis de mesurer son influence et en quoi il a marqué un tournant. En somme, rien n’est creusé, si bien qu’on reste sur sa faim au vu des nombreux fils qui auraient pu être tirés. La dimension didactique et réflexive de l’exposition passe donc à la trappe.
Prix rédhibitoire
Last but not least, le prix. Celui-ci aurait dû nous faire reculer : 17€ et en tarif étudiant ! Nous vous recommandons donc de vous renseigner sur le site car si vous vous y rendez plus tard (fin d’après-midi) le tarif étudiant atteint le modeste prix de 13€.
Tous ces points s’expliquent peut-être par le fait que cette exposition a été conçue par une entreprise à but lucratif, ce qui, en matière d’art, ne peut que nous laisser perplexes.
Ce qu’on peut sauver
Il n’en reste pas moins que les œuvres de Mucha sont belles et valent le détour. Les couleurs et leur jeu de contrastes, les lignes, les formes, feront plaisir à vos yeux. La capacité à faire tableau dans un format autre et à visée utilitaire est remarquable (on oublierait presque qu’il fait la pub pour du lait en poudre ou de l’alcool !) – un travail de composition que l’exposition aurait pu davantage éclairer. Le parti-pris, peu original certes, de suivre une évolution chrono-thématique dans le parcours du graphiste, est intéressant et permet de bien montrer les évolutions dans le travail de l’artiste. Pour nous, qui ne le connaissions que de nom, ce fut une belle découverte.
Pour approfondir, la page Wikipédia fera l’affaire !

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